et ce puissant silence qui me lacère les oreilles...
Se voir d'en haut. Ensemble, de part et d'autre, mélangés de nos larmes. Ne plus pouvoir hurler de douleur.
Et se voir bouger encore, sous la lumière de la lune.
L'aventure repose sur la richesse des liens qu'elle établit, des problèmes qu'elle pose, des créations qu'elle provoque. -Antoine de St-Exupéry
La vraie aventure de vie, le défi clair et haut n'est pas de fuir l'engagement mais de l'oser. Libre n'est pas celui qui refuse de s'engager. Libre est sans doute celui qui ayant regardé en face la nature de l'amour - ses abîmes, ses passages à vide et ses jubilations - sans illusions, se met en marche, décidé à en vivre coûte que coûte l'odyssée, à n'en refuser ni les naufrages ni le sacre, prêt à perdre plus qu'il ne croyait posséder et prêt à gagner pour finir ce qui n'est coté à aucune bourse : la promesse tenue, l'engagement honoré dans la traverse sans feintes d'une vie d'homme.
Ce qui rend le mariage si fort et si indestructible, c'est qu'il réunit un homme et une femme autour d'un projet. D'un projet fou. Souvent voué à l'infortune.D'un défi quasi impossible à réaliser et impérieux à oser. Le drame serait de ne pas tenter l'impossible, de rester, une vie entière, à la mesure de ce qu'on peut.
Il y a une honte qui se terre au fond de moi, si douloureuse, invivable. C'est l'injustice qui a toutes les excuses mais dont on souffre tous selon notre méridien, et personne à blamer pour adoucir cette colère sinon nous tous, victimes et bâtisseurs de notre malheur.
C'est cette souffrance qui nous empêche de nous regarder dans les yeux de d'autres humain de peur d'y voir notre faute résignée, de nous regarder vraiment et de ne voir que du vide.
Qui sommes nous et que devenons nous?
Pendant que des populations souffrent de manque de tout, que des enfants meurent de maladies du moyen-age et que des parents n'arrivent pas à nourrir leurs rejetons, d'autres populations humaines surmenées de leur trop plein d'abondance atteignent des records de suicide et de prescription de pillules du bonheur face a un vide que l'argent ne peut pas combler. Le poids de la honte peut-être, le manque chacun à sa façon, distribué presque équitablement.
Mais nous sommes tous pareils, humains de différentes terres, capables du meilleur et du pire, affamés d'espoir, victimes d'un ordre des choses qu'on nourrit et qui nous avale.
Je ne parle pas de tout changer, de communisme, d'anticapitalisme, je parle de se lever debout, de retrouver notre équilibre, notre humanité et de reconquérir ces valeurs dont on a besoin comme d'eau et de soleil, de refuser ces fausses barrières qui nous rendent insensibles aux autres, qui nous font penser qu'on est bien différent et de ne pas fermer les yeux sur l'inacceptable. Notre égoïsme nourrit notre mal collectif et les bienfaits qu'on en retire ne suffisent plus à nous en distraire. Dans un contexte ou la planète est de plus en plus petite, nous n'avons plus l'excuse de ne pas savoir, ou alors nous sommes bien lâches.
Je rêve de solidarité parce que je suis égoïste et rêve d'un monde meilleur. N'est ce pas le meilleur antidote au vide de nos âmes et au vide de leurs mains? La compassion comme un devoir, parce que sous d'autres latitudes, la petite fille qui joue dans la ruelle aurait peut-être du vendre son corps dans les rues de bangkok, mon enseignant aurait pu voir son école fermée suite à une réforme de la banque mondiale, mon grand-père serait mort de faim après avoir vendu le fruit de sa pêche a des multinationales pour trois fois rien et mes nièces pourraient vivre au milieu des bombes pour s'être trompées de milieu ou naitre.
Partager l'avenir, se libérer de la honte, retrouver notre profondeur, notre générosité et cesser de se perdre. Des mots faciles. Des solutions difficiles, audacieuses, économiquement viables, humainement acceptables, subtiles, difficiles. Des réalités déroutantes, des erreurs surement, de tonnes d'embuches, de l'innovation, des doutes, rien de totalitaire, de la mesure, de la passion.
À l'échelle d'une carte, le monde est un jeu d'enfant.
-Laurent Graff
"C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat-ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent... Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c'est qu'on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
"A l'est d'Erzerum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou une autre, il peut arriver qu'on arrête la voiture et passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l'eau bouillir sur le primus à l'abri d'une roue. Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s'en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive."
Nicolas Bouvier
« La grande aventure, c'est de voir surgir quelque chose d'inconnu, chaque jour, dans le même visage. C'est plus grand que tous les voyages autour du monde. »
Alberto Giacometti
Le bonheur est fragile. Tu n'es pas funambule et tu avances pas à pas. Tu ne sais rien des jours, tu glisses sur un fil, au loin, tu ne vois pas. Si tu regardes en bas c'est le vertige, ne regarde pas. En bas tous les oiseaux se glacent et tous les hommes se protègent. Tu marches un peu plus haut, mais le bonheur est difficile. À chaque risque, le bonheur est là. Tu avances vers toi; le bout du fil n'existe pas.
Voir un monde dans un grain de sable
et le ciel dans une fleur sauvage
tenir l'infini dans la paume de ta main
et l'éternité dans une heure
-William Blake
J'ai envie d'écrire sur toutes ces questions qu'on a peur de se poser, par craite de casser les angles du bonheur si vulnérable qu’on a accroché au coeur, juste à coté des doutes, d’écrire sur la fragilité, celle des choses, la mienne, celle des autres.
Mes certitudes ont toutes leur part de doute.
Je me souviens de la part de papillon qui accompagnait l’incertitude des premiers jours, des nuits sur le balcon, et tout cela me manque.
Je voudrais fuir l’indifférence que je vois parfois dans ses yeux, qu’il lit probablement dans les miens. L’habitude, ces moments ou on ne se voit plus, entre d’autres magnifiques, j’ai peur que ces derniers s’estompent au profit des autres, pas encore, mais nous marchons sur une corde raide et je ne suis pas sure d’être funambule.
Mais pour éviter le fil, il faudrait que ne commencer des histoires d’amour, syncroniser les ruptures avec le début du vertige, le vrai, celui qu’on a au dessus du vide, l’endroit ou on se sent parfois seul ou trop à deux, ou on a plus que n’importe ou ailleurs l’impression de perdre l’équilibre alors qu’on reste debout.
On regarde à coté et on voit l’autre, on se méprend parfois en le tenant responsable du vide en dessous, du vertige en dedant, du ciel qui annonce la tempête, alors que c’est l’ordre des choses, qu’on est simplement soumis aux forces du monde et qu’il en a probablement le souffle coupé lui aussi, parce qu’il a pris le risque du même chemin.
Une transition à apprivoiser, doucement, le quotidien sans l’oubli, se laisser être humain l’un l’autre, avec mes pieds froid et son cheveu blanc, avec nos rires et nos ennui.
Et je n’ai aucunement envie d’un être moins extraordinaire que lui. Ce sont toutes ces questions de sentiment qui m'effraient, et je ne suis pas Alexandre Jardin.
Aimer est un apprentissage. Il faut se dépasser soi même pour avancer, aller véritablement plus loin, tout en ayant la douceur de modifier la cadence pour prendre quelqun par la main, d’accepter de vivre averc la possibilité que l’autre ne veule plus avancer avec soi un jour, de choisir d’avance de rebrousser chemin seul,
d’aller ailleurs plutôt que de se regarder mutuellement mourrir, statique, au bord de la route, de mourrir ensemble mais séparés en regardant ailleurs.
Certains ont oublié que construire l’amour, que de le garder vivant, continuellement, est un aussi beau défi que de le créer et de le voir naître, fragile. Il grandit et reste tout aussi fragile, se calque sur le bonheur, parfois caché, subtil, mais illuminant la vie.
Toucher le ciel en gardant les pieds sur terre demande de grandir.
Je me demande s’il a aussi les mêmes doutes au fond des yeux, s’il se sent seul parfois lui aussi, envahi d’autres jours, s’il a peur, s’il se questionne sur la nature des sentiments, si je l’emmerde par bout, s’il aurait envie de partir pour qu’on se rertouve mieux parfois. Des questions que j’ai peur d’aborder de peur de casser un peu de la confiance qui nous lie, de peur d’être mal le dire, de peur que ça arrête.
Et pour prouver que je ne suis qu’une kétaine et que j'assume, j’ajouterais ceci, que je ressens comme si je l’avais écrit moi même. Entendu à l’intermarché hier alors que j’achetais du pain et que toutes ces questions trottaient au fond de ma tête :
J'ai compris tous les mots, j'ai bien compris, merci
Raisionnable et nouveau, c'est ainsi par ici
Que les choses ont changé, que les fleurs ont fané
Que le temps d'avant, c'était le temps davant
Que si tout zappe et lasse, les amours aussi passent
Il faut que tu saches
J'irai chercher ton cœur si tu l'emportes ailleurs
Même si dans tes danses d'autres dansent tes heures
J'irai chercher ton âme dans les froids dans les flammes
Je te jetterai des sorts pour que tu m'aimes encore
Fallait pas commencer m'attirer me toucher
Fallait pas tant donner moi je sais pas jouer
On me dit qu'aujourd'hui, on me dit que les autres font ainsi
Je ne suis pas les autres
Avant que l'on s'attache, avant que l'on se gâche
Je veux que tu saches
J'irai chercher ton cœur si tu l'emportes ailleurs
Même si dans tes danses d'autres dansent tes heures
J'irai chercher ton âme dans les froids dans les flammes
Je te jetterai des sorts pour que tu m'aimes encore
Je trouverai des langages pour chanter tes louanges
Je ferai nos bagages pour d'infinies vendanges
Les formules magiques des marabouts d'afrique
J'les dirai sans remords pour que tu m'aimes encore
Je m'inventerai reine pour que tu me retiennes
Je me ferai nouvelle pour que le feu reprenne
Je deviendrai une autre après qui tu soupires
Ces jeux seront les nôtres, si tel est ton desir
Plus brillante plus belle pour une autre étincelle
Je me changerai en or pour que tu m'aimes encore.